Communauté des Apôtres de la Paix

 
 
 
 
 
 

Pourquoi m’as-tu oublié ?

“Pourquoi m’as-tu oublié ?”


“Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera.”(Jn. 8, 31b - 32)



Une fille bien sage


Danièle Héritier

Je suis née au sein d’une famille catholique, ma mère était pratiquante ; mon père se contentait des baptêmes mariages et enterrements.


J’ai fait mes études jusqu’à 18 ans dans une institution catholique (c’était l’école la plus proche de la maison). Toutes les entrées et sorties de classe étaient ponctuées par quelques minutes de prière.


A partir du secondaire nous devions aller à la messe une fois par semaine dans la chapelle et nous confesser une fois par mois. Souvent je ne savais quoi dire et inventais des péchés pour avoir droit à l’absolution !


L’éducation que j’ai reçue m’a enseigné les grandes valeurs morales : le respect des autres, le sens des responsabilités, l’honnêteté, la maîtrise de soi. Mais qu’est-ce-que tout cela sans l’amour ?


Ma foi se résumait en quelque sorte à des pratiques extérieures et conformistes qui ne me comblaient pas.


A l’adolescence vers 15-16 ans, j’en ai eu assez de ce carcan “étouffe chrétien”, de cette petite vie étriquée. Je manquais d’air et je m’asphyxiais. J’ai eu envie de vivre avec un grand besoin de liberté.


Je suis restée croyante mais j’ai rejeté cette caricature de Dieu exigeant, absent de ma vie et lointain. J’avais déjà un père qui usait d’autoritarisme envers moi (tellement sévère que je ne voyais plus son amour pour moi) et je n’avais pas vraiment besoin de quelqu’un semblable à lui.



Déchirure

Là commence une longue période de 17 ans où effectivement j’ai mené la vie que je voulais, une vie qui baignait dans le mensonge ; mais je voulais faire mon bonheur. Mon cœur a été déchiré en long, en large, en travers et en profondeur.


Par ignorance, j’ai cru avoir trouvé l’amour vrai, je me suis mariée civilement et 2 filles sont nées de ce mariage. J’étais aveuglée par un amour passionnel et l’aveuglement a conduit à l’invivable.


Mon idéal de couple, de famille s’est écroulé et l’échec de cette relation a abouti à un divorce douloureux et déchirant. Je me retrouvais profondément blessée, dans le désarroi ainsi que les enfants.


J’avais confondu vérité et sincérité, liberté et indépendance. Je disais parfois : “Mais qu’est-ce-que j’ai fait au Bon Dieu !?” Et une petite voix, en réponse, me posait une autre question : “Pourquoi m’as-tu oublié ? ”



Reconstruction

“Il sauve le pauvre dans sa pauvreté. Il l’avertit dans sa misère, toi aussi Il veut t’arracher à l’angoisse.” (Job 36, 15-16)


Je me suis appuyée sur cette parole du livre de Job, et j’ai alors repris le chemin de l’Eglise. J’ai mis de l’ordre dans mes affaires spirituelles en faisant baptiser mes 2 filles (7 ans et 18 mois) et en les confiant à la Vierge Marie. Les 7 années qui ont suivi le divorce furent un temps de reconstruction, de repos intérieur malgré les responsabilités à assumer et les difficultés inévitables pour élever seule mes 2 filles.


Un jour j’ai été invitée par une amie à aller prier avec des frères musiciens, les Apôtres de la Paix : c’était en juillet 1987. Là mon cœur a trouvé ce qu’il cherchait : d’abord (ce qui m’a le plus touché) la joie qui rayonnait sur les visages. Je redécouvrais cette joie qui m’habitait enfant, et qui avait été complètement étouffée.


Et puis, l’amour fraternel qui régnait au sein de ce groupe. Cet amour des frères était le reflet de l’amour de Dieu qui est venu me frapper en plein cœur. J’ai été très assidue à la prière et un an après je devenais membre de la communauté.


Le Seigneur a fait le ménage dans mon cœur, mais Il ne le fait jamais sans nous : Il m’a demandé de lui donner le plumeau... de la prière, de la louange, des sacrements, des retraites, mais surtout celui de la confiance.


A plusieurs reprises, le plumeau s’est révélé insuffisant, il fallait faire une grande lessive pour enlever les taches tenaces des rancœurs, des ressentiments, et même de l’esprit de vengeance. Alors j’ai avancé avec Jésus pas à pas sur le chemin du pardon. Je disais au Seigneur : “Ne te souviens pas des péchés de ma jeunesse et de mes révoltes, mais de moi, selon ton amour souviens-toi, à cause de ta bonté Yahvé.” (Ps. 24, 7)


Deux ans plus tard, le Seigneur m’a fait un cadeau merveilleux, d’autant plus merveilleux que je ne m’y attendais pas du tout. Je ne savais même pas que je le désirais, mais dans le secret Il m’avait redonné un cœur capable d’aimer.


Ce cadeau, c’était Richard. Nous nous sommes mariés à 42 ans après un temps de vraies fiançailles (8 mois). Le Seigneur savait que j’allais avoir besoin d’une épaule où m’appuyer car à partir de notre mariage ma vie a complètement changé et les évènements se sont enchaînés.



Quitte ton pays

D’abord nous avons eu un autre enfant. Comme Richard avait déjà un fils, je me suis retrouvée mère de 4 enfants. “Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai...” (Gn. 12, 1)


8 mois après, nous sommes partis à 300 km de ma région pour être responsables d’une maison communautaire. J’ai donc arrêté mon travail, profitant de ma famille nombreuse pour prendre une retraite anticipée, et j’ai quitté ma ville natale, ma famille, mes amis, mes collègues enseignants.


Ce fut un vrai déracinement mais j’ai reçu le centuple en vivant avec Jésus au cœur du quotidien, en lui donnant la première place dans ma vie. J’ai découvert la vraie liberté en faisant la vérité sur moi-même et sur toute ma vie.


Danièle Héritier


En guise de conclusion : Vous vous trouvez peut-être “moche”. Moi aussi je me trouvais “moche”. Mais quel est le regard le plus juste, celui de Dieu ou le vôtre ?


Il va vous prouver que vous vous trompez en vous faisant découvrir la beauté de votre âme. Sous la poussière se cache un trésor, il y a en chacun de nous l’image de Dieu que rien ne peut détruire.

Aujourd’hui j’ai compris qu’être libre et aimer c’est laisser son cœur être traversé par l’amour de Dieu, ce Dieu Père, qui n’a qu’un désir : celui de nous prendre dans ses bras, les bras qu’Il a ouverts sur la Croix.

 
Dernière modification : 27/06/2009

Triduum Pascal

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