Le goût de la Vie
"... j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair."
(Ez. 36, 25-26)
Une enfance heureuse
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Mon enfance a été assez heureuse, dans une famille équilibrée et aimante. La pratique religieuse catholique faisait partie de ma vie.
Quelques beaux souvenirs de veillées de Noël comme on en rêve, avec la neige, les lumières, et cette présence du Sauveur - paisible et joyeuse - que je ne comprenais pas bien à l’époque.
Un souvenir lointain - j’avais quatre ans - est revenu à la surface après mes retrouvailles avec Jésus : mon parrain m’avait emmené à l’abbaye de Hautecombe, au bord du lac du Bourget en Savoie, à l’époque habitée par une grande communauté de moines bénédictins.
J’avais été baigné dans cette rosée du Saint-Esprit que j’ai retrouvée bien plus tard.
20 ans en 1968... ! J’ai recherché la liberté à tout prix, la vérité aussi, mais sûrement pas du côté du christianisme !
Cependant j’ai toujours cru en Dieu... Il paraît que celui qui cherche trouve ! C’est à travers la musique que ce chemin s’est fait : nous avons ensemble - musiciens et entourage - vécu des amitiés très fortes et un rejet de tout ce qui nous paraissait imposé par la morale ou la loi.
J’ai eu des expériences de toutes sortes, y compris celles que peuvent procurer différentes drogues. Ma vie fut assez mouvementée à cette époque, exaltante aussi, avec le sentiment de marcher en dehors des sentiers battus, de vivre plus pleinement que beaucoup d’autres, d’avoir un message à faire passer à travers la musique.
Mon mariage civil célébré en 1975 a duré un peu plus de six ans et n’a pas résisté à ce mode de vie, mon fils Franck est né en 1976 de cette union et tout n’a pas été facile pour lui dans ce contexte.
Dans les années 80 je continuais mon aventure de musicien professionnel, avec des concerts, des enregistrements, beaucoup de galères et de fêtes qui, les années passant, me laissaient souvent un goût amer. Je n’avais pas trouvé ce que je cherchais et commençais à être un peu blasé, souvent dégoûté de ce style de vie, sans pouvoir en changer.
C’est à cette époque qu’est arrivé un témoin de Jésus-Christ parmi nous, Alain, qui désirait chanter pour le Seigneur, et rencontrer des musiciens.
Comment se fait-il que nous ayons accepté de faire des concerts et d’enregistrer ses chansons dont le message était clairement chrétien... ? Il est vrai que nous tentions de le convertir à nos pratiques, mais nous étions aussi travaillés intérieurement, mystérieusement, par ce qu’il portait.
Donnes-moi la Joie
Un jour de novembre 1983, alors que j’ai 35 ans, Alain, enflammé par l’effusion de l’Esprit-Saint qu’il vient de vivre, témoigne d’une manière particulièrement forte.
Cela se passe dans notre salle de répétition, nous sommes douze ce soir-là, nous l’écoutons. Puis il nous propose de prier ensemble... C’est là que pour moi, tout bascule : Je ferme les yeux et il y a en moi un appel : “J’ai essayé beaucoup de choses, je m’essouffle et mon cœur est souvent amer et vide ; s’il est vrai que tu es présent maintenant Jésus, sauveur des hommes, mon sauveur, alors viens !”
Je me retrouve instantanément dans l’état d’un tout petit enfant, et me mets à trembler de la tête aux pieds, mon cœur est comme réveillé et bat si fort que je porte les mains à ma poitrine, comme s’il allait passer à travers.
Je me sens baigné dans un amour fou et il me semble que le Christ est là, devant moi, mendiant une parole de ma bouche ! Parler à Dieu... pas facile, le temps passe et les mots qui viennent sont : “Seigneur Jésus, donne-moi la joie.”
C’est alors que descend en moi une vague d’amour, de chaleur, de lumière (difficile à définir avec des mots), je suis saisi entièrement par ce flot : mon cœur qui vient juste d’être ouvert en est rempli et je goûte cette plénitude que je cherche depuis si longtemps. Le temps est comme suspendu et cela pourrait durer éternellement.
Un coeur de chair
Quelques mois plus tard j’eus un choc en lisant dans le livre du prophète Ezechiel :
“Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures et de toute vos ordures je vous purifierai. Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.” (Ez. 36, 25-26)
Mon cœur était vraiment devenu cette pierre, à cause du mode de vie qui avait été le mien, et il avait littéralement “explosé” au moment de ma conversion, rempli instantanément par l’amour infini de Dieu !
J’avais demandé la joie profonde, qui vient du ciel, celle que je pressentais et non la joie éphémère, souvent factice, que j’expérimentais régulièrement et qui ne me comblais pas ; et je l’avais reçue !
Deux semaines plus tard, début décembre, nous fîmes l’ascension de la montagne Sainte Victoire - près d’Aix en Provence - à quatre (nous avions “reçu” dans la prière le récit de la transfiguration de Jésus sur la montagne, accompagné de Pierre, Jacques et Jean !) Je ne m’étendrai pas sur les péripéties de cette ascension mémorable ! Nous avons passé la nuit dans le refuge qui est au sommet : la prière fut intense, c’est là que j’ai pu reconnaître Jésus comme mon Seigneur et mon Sauveur, mettant ainsi des mots sur ce que je venais de vivre.
En redescendant le matin au lever du soleil, nous étions dans une grande joie, une paix profonde, accompagnées du sentiment exaltant d’être à l’origine d’une fondation nouvelle. C’était la naissance - très cachée - de la Communauté des Apôtres de la Paix.
Quelques mois plus tard, j’écoutais une cassette relatant les apparitions mariales de Medjugorje ; je vécus un nouveau bouleversement en retrouvant la Vierge Marie. La Communauté naissante s’est mise à son école et c’est ainsi que nous avons pu être conduits au cœur de notre Église Catholique.
Le souvenir de l’Abbaye de Hautecombe est “remonté” au moment de ma conversion, il faut croire que j’avais vécu à quatre ans cette même visitation du Saint-Esprit. Quelques années plus tard j’ai été émerveillé de reconnaître les lieux comme si j’y étais allé la veille, retrouvant avec exactitude ces images imprimées dans ma mémoire plus de trente ans auparavant !
Rien n'est impossible à Dieu
Je remercie le Seigneur pour toutes les grâces dont il m’a inondé, surtout la rencontre avec Danièle, qui est devenue ma femme en 1990 ; elle avait vécu comme moi un mariage civil puis un divorce, Myriam et Lydie étaient nées de cette union. Nous avons pu nous marier devant Dieu, et fonder cette famille que je n’osais plus espérer.
En 1992, Jean-Marie est né et nous nous sommes retrouvés avec quatre enfants ! Durant les quelques années de solitude précédentes, Dieu me donnait souvent dans la prière le psaume 127 :
“...Ton épouse : une vigne fructueuse au cœur de ta maison. Tes fils : des plants d’olivier à l’entour de la table. Voilà de quels biens sera béni l’homme qui craint Yahvé....” (Ps. 127, 3-4)
Cela me paraissait impossible et je demandais souvent des “explications” au Seigneur dans mes prières ! Mais voilà : rien n’est impossible à Dieu.
Nous avons fêté les 20 ans de notre Communauté en 2004. Durant toutes ces années j’ai vu la miséricorde de Dieu à l’œuvre : que de signes de son Amour ! conversions, guérisons intérieures et physiques, pour moi-même et bien d’autres ; combien de personnes ont retrouvé le goût de la vie ! Et toutes ces situations inextricables qui se sont dénouées...Tant de merveilles que je ne raconterai pas ici, cela prendrait trop de pages !
Richard Héritier
“Que Yahvé te bénisse de Sion ! Puisses-tu voir Jérusalem dans le bonheur tous les jours de ta vie, et voir les fils de tes fils ! Paix sur Israël” (Ps. 127, 5-6) |
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