Mon père, Richard Héritier, a fait carrière dans l’armée durant vingt-cinq ans, dont douze années au combat lors de la seconde guerre mondiale et en Indochine.

       Il s’engage dans la marine en 1936, à l’âge de dix-sept ans. Trois ans plus tard l’Allemagne nazie envahit la Pologne (septembre 1939) puis la Hollande, la Belgique et la France au printemps 1940. Il a écrit ce récit peu après la libération, sur sa machine à écrire de l’époque. Il m’avait offert un exemplaire que je viens de relire avec un regard nouveau sans doute, un recul qui me pousse à penser que ce témoignage historique si émouvant vaut la peine d’être partagé.

       Soixante-quinze ans ont passé, les pages se détachent et l’encre commence à pâlir, il est temps de l’éditer avant que tout ne soit perdu.

       Mon père a pris sa retraite de l’armée au début des années soixante, et a terminé sa carrière comme chef de service à la préfecture de la Haute-Garonne, à Toulouse. Il est décédé en 1984, terrassé en quelques minutes par une rupture d’anévrisme.

 

       Les médailles et décorations, il les a presque toutes reçues, dont celle de commandeur de la Légion d’honneur au titre de déporté résistant. Dans un cadre accroché au mur de son salon, on pouvait lire une note manuscrite du Général De Gaulle en personne :

       “... Vous avez été de ceux qui, au premier rang, ont permis de remporter la victoire. Au moment où le but est atteint, je tiens à vous remercier amicalement, simplement, au nom de la France...”

       Cette histoire peut raviver en chacun le désir de devenir plus humain, d’oser regarder en face, dans sa vie, ce qui reste encore de violence et d’ingratitude. Ne nous illusionnons pas, la paix commence au plus profond de soi.

       C’est ce qu’exprime admirablement Etty Hillesum, juive hollandaise confrontée à la fureur nazie et morte à Auschwitz en 1943, dans son journal :

       “Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous-même de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres. Et plus il y aura de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans ce monde en ébullition.”

Extrait de “Une vie bouleversée”

 

       Mon père cherche aussi, au coeur de ce désastre, ce qui fait la valeur de l’homme, et raconte les évènements de sa vie bouleversée par la guerre, où la torture ne parvient pas à anéantir sa dignité :

       “Je ne crois pas que la souffrance endurcisse mais qu’au contraire elle humanise.”

 

       Il échappe plusieurs fois à la mort qui paraissait si proche et sortira vivant de cet enfer, comme par miracle. Sans sa bonne étoile, il n’aurait sans doute pas survécu. Au fil de la lecture, on est touché par une foule de gestes de courage et de bienveillance, mais on devine aussi la présence d’une main invisible qui le protège.

 

       En cette année 2020 nous avons fêté les 80 ans de l’appel du 18 juin, lancé depuis Londres par De Gaulle. La guerre est finie depuis longtemps, mais cependant notre terre est toujours en ébullition de bien des manières.

       Ce récit peut réveiller en chacun le désir de changer en profondeur. C’était le souhait de mon père, qui a toujours gardé au fond du coeur l’espoir que la liberté serait au bout du chemin et que l’amour triompherait de la haine.

       Pour qu’enfin advienne un monde meilleur.

 

                                                                                                                               Richard HÉRITIER  fils

"Et du sang...des cris...des larmes...!" - Richard HERITIER (Père)

14,00 €Prix
    • Facebook Social Icône